Le Morceau caché


#08 - Spectaculaire

"Cinq chansons relevées par un élément spectaculaire, pour tuer."

La chronique de Mickaël MOTTET

. TINDERSTICKS My sister, 6’48

Que peut-il encore se passer de spectaculaire ? On est déjà bien avancé dans le transport amoureux musical, comment nous surprendre, à quelques virages de la fin ? Une couche supplémentaire des instruments mélodiques (formule appliquée assez mathématiquement au cours des six minutes précédentes) serait de trop, et "trop" est absent du dictionnaire des Tindersticks. Le crescendo ultime : faire émerger une deuxième batterie, qui fait n’importe quoi. La surmixer. Effet aussi étourdissant qu’un solo ultra-maîtrisé d’Elvin Jones.

. PALACE BROTHERS Gulf Shores, 4’24

Ce chœur final de Jason Lowenstein, ça me file le même genre de frisson que l’apparition de la batterie-danger dans My sister. Gulf shores (évoquée ici) est déjà vertigineuse : paroles tuantes de simplicité de Will Oldham, guitares que la production de Kramer fait image-spectaculaire1briller et flotter. Lowenstein trouve le climax, avec deux a-aaah déchirants. C’est ça. Il arrive à point nommé, c’est le point nommé. Il relève la chanson.

. BOOKER LITTLE Man of words, 3’40

J’ai présenté brièvement Man of words ici. Je m’en voudrais de décortiquer davantage ce magnifique oignon. Equation rapide : a (émotion) + b (épiphanie au moment où l’idée des petites virgules aiguës traverse l’esprit de Booker) = larmes.

. PROGRAMME Demain, 0’40

L’élément spectaculaire d’une chanson n’est pas nécessairement la discrète idée qui tue, en fin de parcours. Ici, c’est plutôt la gifle de début d’album. Toute la première écoute de Mon cerveau dans ma bouche a été conditionnée par cette phrase ; toutes les suivantes également. Et la musique de Programme, en général. Avoir écrit et déclamé ça, c’est mettre la plus belle acrobatie dès le début du spectacle, c’est une caution de résistance à la corrosion. Bien sûr, le image-spectaculaire2disque a malgré tout un code-barres au dos. J’ai un scoop : Arnaud Michniak fait même ses courses au Carrefour de Toulouse. Mais c’est comme ça, certaines merdes sont belles à contempler.

. Maxine SULLIVAN, Barbara Allen, 0’01

Artiste découverte grâce à Mocke, le guitariste de Midget !, que je remercie. C’est diablement rassurant, même si c’est une évidence, de se rendre compte qu’on écarquillera les yeux comme la première fois à chaque nouveau choc musical. Avec Maxine Sullivan (1911-1987), la révélation a commencé à la première seconde de cette chanson (des arrangements à secouer la tête, pour être sûr qu’on a bien entendu)  et se poursuit avec l’ensemble de sa carrière dans les années 1930-1940.

Mickaël MOTTET

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article publié dans le n° 32.
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