Notes du sous-sol


#10 - Rien à raconter

"J’étais bien. J’étais bon, en pleine lancée, je me montais le col du Ventoux, tranquille sans efforts et là à 100 mètres du sommet, j’ai regardé le chemin parcouru, le chemin qu’il restait à faire, mon texte, la page, l’ordi, et je me suis demandé à quoi bon ? À quoi bon tout ça ? À quoi bon rien ? À quoi bon rien du tout ?"

La chronique de Pascal BOUAZIZ.

 

Dormir dans le métro

Une heure vingt aller, une heure vingt retour, une heure vingt aller, une heure vingt retour… A la fin de la semaine t’as passé une journée complète dans les transports en commun.

J’ai tellement lu dans le métro, un moment je pouvais plus voir un livre en peinture. Combien de livres, combien de disques tu peux écouter ? Combien de livres sans se lasser ?

Je me suis mis à dormir. Dans le métro. La bouche ouverte. C’est pas beau à voir un adulte que vous ne connaissez pas qui dort (qui bave peut-être ?) dans le métro. Avec la tête qui tombe. Ping. Qui se relève. Où suis-je ? Qui retombe. Qui se relève. Où suis-je ? Ah ouf plus qu’une demi-heure…

La meilleure position pour dormir dans le métro ? C’est prendre un siège intérieur. Déborder des fesses sur le siège d’à côté et poser en biais sa tête sur la vitre (Faut une capuche, ça fait coussin et c’est plus propre). Le meilleur morceau à ce jour pour dormir dans le métro ? Highlands de Dylan : 18 minutes au compteur, deux accords et ces paroles de circonstances… "The party’s over and there’s less and less to say / I got new eyes / Everything looks far away”

Ou alors Krishna Bhatt ? Avec ce morceau de 45 minutes, concert enregistré à Radio-France (je crois). Le problème ? Vers la 21e minute du morceau, y a la plus belle note du monde. À chaque fois, ça me réveille, je pleure dans mon sommeil. Pensez, la plus belle note du monde ! C’est pas beau un adulte qui pleure dans son sommeil dans le métro. Cherchez pas le disque dont je vous parle. Tombé dessus par hasard, je l’ai jamais revu. Il n’est même pas noté dans sa discographie officielle. La plus belle note du monde n’est pas disponible. Zib. Peau d’balle.

 

Cauchemar

L’autre nuit j’ai rêvé que je m’endormais à Lisbonne sur une terrasse donnant sur le Tage et que je rêvais dans mon sommeil que je dormais dans le métro… Havre-Caumartin, Alma-Marceau, Iéna, Ranelagh… Rendors-toi. Rendors-toi. Tu n’es pas là.

 

Donnez-moi un survêtement !

Mon frère m’envoie une vidéo de Marvin Gaye, vieux souvenir commun… En répétition, il chante, allongé sur un canapé. Il porte un survêtement. Personne jamais, surtout pas en survêtement, n’aura eu une classe pareille. Je me suis dit, je me dis, mort ou pas, je préfèrerais être lui. Être Marvin Gaye, c’est plus beau. Être Marvin Gaye, ça chante mieux. Être Marvin Gaye, c’est plus simple.

 

Je suis fatigué c’est tout

"J’étais fatigué j’avais mal
Tu es fatigué c’est tout
Dit-elle
Acheté une livre et demie de viande hachée
Haricots en boîte plus chips
Quel besoin avais-tu d’acheter tout ca
Dit-elle
Tu ferais mieux de nous pondre un truc qui marche mon garçon
Dit-elle
Tu ferais mieux de nous pondre un truc qui marche
Allez continue comme ça. Continue comme ça
Avale me disais-je Allez avale
Allez au diable je m’appelle Samuel Hall
Je vous déteste tous
Mon estomac s’est contracté  la mortadelle ou Dieu sait quoi
Oh Seigneur j’ai dit Oh
Tu ferais mieux de revoir tes vieux amis
Dit-elle
Tu ferais mieux de revoir tes vieux amis
Glissé le carbone plus papier dans la machine et au travail
C’est ça oui c’est ça Dit-elle
Avale me disais-je Allez avale
Allez au diable je m’appelle Samuel Hall
Je vous déteste tous
Allez continue comme ça
Continue comme ça" (*)

 

S’il en reste un seul…

L’autre jour au concert de Michel Cloup, un jeune homme au bord de la scène agitait la tête en rythme, connaissait les paroles par cœur et les chantait en rythme parfait. Mimait les expressions. Playback nickel. Ce jeune homme avait dû l’écouter, l’album, une bonne centaine de fois… Au bas mot. Au-delà du ridicule, car il existe (il existe), je me suis dit, si celui-là, ce jeune homme existe encore, si celui-là continue d’écouter des disques comme si ça vie en dépendait, si celui-là continue d’aller au concert, si même il n’en reste qu’un seul… Qui prenne autant ça au sérieux. Autant que nous, je veux dire…Alors, peut-être, alors, peut-être nous sommes sauvés.

 

Les choses vraiment importantes

Neil Young a sorti son album, Le Noise, magnifique, je sais plus quand l’année dernière… Sur Chrome Dreams, on trouve enfin Ordinary People, (ici aussi) une des dix meilleures chansons des années 80. À Primavera, paraît-il – l’année dernière, il y a deux ans ? –, il a soufflé tout le monde… (Deux personnes m’ont appelé du public en même temps.) Beau bilan pour son septième mandat d’affilée… Je peux voter pour lui ? Tenez, vous voulez un cadeau ! Pour vous ! Une chanson inédite de sa période Trans, période la plus décriée. Une telle chanson jamais sortie, jamais publiée, incroyable, presque à imaginer. Et , une autre, pas inédite… Dieu qu’il est ridicule (et je vous parle pas de son groupe), et pourtant cette chanson à chaque fois qui me fait pleurer. Le monde est compliqué. On peut être ridicule et bouleversant à la fois ! Eh oui… On peut être bouleversé et consterné à la fois. Eh oui… "C’est trop compliqué. La vie c’est trop compliqué.” (*)

 

A new design

“I need a unit to sample and hold
But not the angry one
A new design, new design.
I need a unit to sample and hold
But not the lonely one
A new design, new design.

We'll send it out right away
Satisfaction guaranteed.
We know you'll be happy
We know you'll be satisfied
When you energize
And see your unit come alive
We know you'll be happy.” (*)

Y a plus qu’à croire. Y a plus qu’à attendre. Et à croire.


Il est temps que le temps advienne. (*)

 

C’est pas tout de n’avoir rien à raconter encore faut-il savoir s’arrêter…

Il est temps ? Oui, peut-être, il est temps. Non, non, sûrement il est temps. Sûrement.

Pascal BOUAZIZ


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article publié dans le n° 43.
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